Le coup est parti « en saccades »… Peut-être !

Publié le par guey padela

 

 

 

 


Et ce fut la grosse femme !

 

Alger, un soir, vers 19 heures… La Lune.

Pas la lune, « La Lune »

La Lune… Le bordel !

Et voilà !… On y est.


Devant l’entrée, juste la police militaire ! Ils n’ont rien à faire de nous... Tout est calme, comme dépeuplé. Dehors… Parce qu’à l’intérieur c’est plutôt un hall de gare, à entendre le brouhaha qui s’échappe de la porte entr’ouverte.

Sousse me fait reculer en poussant le battant libre.

Il est comme chez lui. Toujours à l’aise.

Moi, ombre tremblante, je me glisse dans son sillage.


C’est une cour intérieure, comme celle que me décrivait, Manuel, un ami de Belcourt.

Des filles sont là, des blanches, mais surtout des Algériennes, jeunes. Pas de noires... Elles attendent en riant et en lançant des œillades incendiaires tout autour de la cour où se promènent des hommes. Des Arabes, des militaires, des civils blancs. Pas de problème d'origine...


Il n’y a qu’à faire son choix. Autour de la cour et à l’étage, les chambres, closes par d’épais rideaux. Il faut d’abord passer à la caisse. L’homme est rugueux et sans bienveillance. Prix forfaitaire et supplément, mais ça dépend du travail demandé…

Le prix de base, habillé et vite fait… Une gâterie d’abord, c’est plus, à négocier avec la fille... Pour le temps, c’est selon… La demi-heure... L’heure... Nus... Sousse paye pour nous deux, comme prévu. Deux demi-heures…

Moi toujours silencieux, je n’écoute que les battements anarchiques de mon cœur. Trop ! C’est trop pour moi. Trop d’inconnue, trop d’intimité, trop d’émotions, trop de pulsions…

 

Puis c’est la mère maquerelle qui nous accueille.

De la main, elle nous fait signe de nous approcher. Elle veut nous examiner le machin... Voir si ce n’est pas sale, et tout et tout… Elle nous impose une petite friction du gland, du prépuce et de la hampe avec une petite compresse « violette » imbibée de permanganate de potassium... qu’elle humecte de nouveau à chaque client… Aïe l’hygiène !... Si, si, pourtant !


-  Sinon t’y niques pas, mon p’tit chéri.


-  … Je nique, je nique. Oui, oui… Madame, je nique… s’empresse Sousse.


Elle est vieille, grosse et semble borgne. Sa peau brune, tire sur le gris. Sousse, comme toujours, s’exécute en sifflotant, l’œil animé et lubrique. Il semble habitué… comme toujours. Mais pour moi c’est, d’avance je le sais, une terrible épreuve qui m’attend.


-  Merci M’dame. Ça fait du bien.


-  T’yé bien poli toi, ya habibi. Va mon fils, va ! Va voir mes gazelles, elles sont comme mes filles… Tu les traites bien, hein mon fils ! Hein !


-  Woulha, Madame ! Que des caresses…


-  En yen yen. T’yé gentil… Mais tu peux niquer quand même, hein… Pas que les caresses, tu fais... Elles aiment, bicoup, bicoup… Moi aussi j’aime ça… si t’y veux !… T’y veux pas ?… J’t’y fais un prix, mon fils…


-  Aïe, aïe, aïe, Madame. Allez, après on voit…J’ai encore du flouze…


-  Dieu te bénisse, ya kho ya…


Et il peut passer... Moi je reste là. Figé. Comme mort. Mort déjà, sûrement.

La vieille m’attrape violemment, par le bras.

Permanganate… Recul-réflexe de ma part… La grosse vieille est en train de me secouer le tota... Elle dodeline de la tête, ses yeux dégagent des lueurs de désirs lascifs. Malgré ma panique, je me mets à bander… Elle rigole.


-  T’y’é petit toi, c’est la première fois, je vois… Ouarda… Elle va pas te manger tota, tu sais. Laisse faire la bonne Ouarda… Viens petit, viens, viens avec Ouarda.


Elle lance des ordres, en arabe, avec une voix forte qui contraste avec les gazouillis mouillés de ses propositions charnelles, sans me lâcher le bras, moi avec ma braguette ouverte sur un sexe effrayé par tant d’autorité. Des gens s’agitent et, au bout d’un moment, une femme, encore plus vieille, vient pour la remplacer… à la compresse violette !


Ouf !


… Moment que la Ouarda met à profit pour continuer ses massages hygiéniques, sans me quitter des yeux et malgré les clients qui se pressent derrière moi…

Je reste muet.


Enfin… La vieille maquerelle m’entraîne vers une des chambres du rez-de-chaussée, me tirant d’une main, un pot de miel dans l’autre. Sousse a déjà disparu à l’étage, depuis longtemps, avec une des gazelles… La mienne de gazelle sur le retour, une fois dans la chambre, le rideau tiré, s’octroie une large cuillérée de miel et s’assoit sur le bord du lit, relève son épaisse robe longue, écarte les cuisses… en se laissant rouler en arrière… Elle ne porte pas de culotte !… La vision est terrible !


Ce gros corps, couché sur le dos, dans une débauche d’étoffes pourpres et ocres, avec comme seul repère au milieu de tous ces replis de chair, à la jonction de deux énormes cuisses, se touchant, un monticule de chair rasé ? pelé ? fendu ?…

Un monticule, qui semble m’espèrer et me solliciter.

Sa main tape des petits coups secs, sur cette vulve grotesque, comme autant d’invites à assouvir son désir de jeune chair fraîche.


Le monde à l’envers.

J’étais venu, en principe, selon les dires de Sousse, pour aborder les réalités du sexe avec une jeune fille ou une femme mure, à la rigueur… un sexe « opposé » au mien en tout cas, pour le coup… Mais pas pour servir de godemiché à une vieille prostituée avide…

Comment en suis-je arrivé là ?


-  Allez, t’y viens yaoulede… Viens voir la vieille Ouarda, viens. Elle est gentille Ouarda.


-  ….


-  Astenna, ya mon fils, je vais t’aider.


Elle tente de se redresser, d’un coup de rein, mais la masse est trop lourde. Elle m’agrippe le poignet pour s’aider dans sa tentative et retombe en arrière, sur le lit, m’entraînant dans sa chute. Je me retrouve ainsi, couché sur cette masse gélatineuse secouée de rires étouffés. L’odeur d’Ouria, « la fatma de Yolande », la charnue, à l’odeur tenace et forte d’épices, de henné et de musc…

L’odeur remonte en moi.

J’ai une impression de péché.


-  … Alors petit, tu bouges ou tu bouges pas ?


-  Je fais quoi, Madame ?


-  En yen, mon fils. Tout, je fais avec toi, alors. Tout !


Elle glisse sa main et me défait la ceinture.


-  Allez baisse le saroual, baisse… Et puis yala.


Pas facile de retirer un pantalon, couché sur une masse mouvante de gélatine.

Je tombe sur le côté du lit et me retrouve le cul parterre, piteux et humilié par une telle situation. Je me relève et fait glisser mon pantalon… Au moment d’enlever la première jambe, je suis freiné dans ma tentative par un ordre incroyable…


-  Khlass. Arrête. T’yenlèves pas le pantalon. Juste tu le baisse. Tu crois c’est l’amour, toi ?


-  …


-  Allez ! Fissa mon fils, le temps il passe et toi tu niques pas !


Elle attrape mon poignet et me fait tomber sur elle.

Une de ses mains masturbe déjà ma verge molle. Elle la malaxe, de plus en plus vite et de plus en plus vigoureusement et au final, m’engouffre dans une espèce de chose molle, humide et chaude…

Elle retire sa main.


-  Allez ! Allez ! Niques. Niques, ya khmar.


Je m’agite.

Comme je peux.

Comme je pense qu’il faut faire.

Comme mon corps décide, instinctivement, sans autre désir dans ma tête que d’en finir… de partir loin d’ici, loin de ce sexe tellement étranger à ma sensibilité…

Et puis… au bout d’un moment, elle pianote à mon épaule avec insistance...

J’abandonne là mes secousses machinales, acharnées et désordonnées. Je me dégage d’un mauvais rêve ou j’étais englué… éreinté, haletant, avili, consterné.


-  T’y’a fini ?


Et comme je n’arrive même pas à comprendre ce que j’ai bien pu finir, elle me repousse sur son flanc et se passe une main experte entre les cuisses... regarde sa main, la porte à son nez et conclue…


-  T’y’a fini ! Allez, lève-toi… Allez, c’est fini, j’te dis. Allez, allez khlass ! Fissa !


Je recule, cul nu, à genoux sur le lit et, une fois debout, je me reculotte furtivement. Ma verge me brûle. J’ai envie de pisser. J’ai chaud. Mon cœur s’emballe, une fois de plus… Et puis, elle sort une cuvette pleine de sable du dessous du lit et, accroupie au-dessus, elle urine d’un large jet, brisé, avec force au début, puis par petites saccades.

Elle me regarde dans les yeux.

Elle me sourit.


-  Reusement ya des fois, c’est mieux ! T’en fais pas petit… Il faut revenir plus souvent. Allez, va, va, c’est fini, va…


Je retourne, bouleversé et honteux dans la grande cour.

... Il y a toujours là, des hommes et des jeunes femmes en pleine négociation. Des hommes, des vrais, des habitués qui doivent savoir faire, savoir comment, savoir si ils ont fini. Pas comme moi !…

Je regarde et regarde encore… Rien.

Pas de Sousse.

Au bout d’un moment, il arrive, enthousiaste, dominant, satisfait.


-  Putain, j’te jure, une figue, un régale… J’ai pris des extra. En yen yen. J’ai le zob, un vrai chou-fleur... Putain, j’y ai cassé la charnière… Et toi, coulo, comment elle était la tienne ? Tu lui as mis le compte ?


-  ......


-  Hein ? Oh ! Eh ! Mais…Comment ça se fait que ty’é déjà là ?


-  ......


-  Oh ! Une demi-heure c’est une demi-heure, merde. Oh !


-  J’viens de sortir, ma parole…


-  Alors… Tu m’dis ou alors ! Tu lui as mis, ou tu lui as pas mis, coulo que t’yé ?… Ba,ba,ba !


Mon ami Sousse a, sciemment réduit les hommes en deux vastes échantillons : « Ceux à qui on la met » et « Ceux qui la mettent ».

 

A la question « Combien de temps est-ce que cela a duré ? », je n’ai pas pu répondre.

Pour moi, le coup était parti « par surprise »…


Peut-être !


 



Publié dans NOUVELLES

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